Organisation de la Coopération Islamique
La Voix Collective du Monde Musulman

Allocution de Son Excellence Monsieur Iyad Ameen Madani, Secrétaire Général de l’Organisation de Coopération Islamique à la Quatrième session de la Commission Permanente Indépendante des Droits de l’Homme (CPIDH)

Date: 02/02/2014

La protection des droits humains est un sujet de préoccupation qui a toujours fait partie intégrante de la Vision, de la Charte et des Résolutions de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) depuis le départ, c’est-à-dire depuis que cette organisation a vu le jour. Dans la Charte amendée de l’OCI, les États membres expriment sans ambages leur détermination à promouvoir les droits de l’homme et les libertés fondamentales, à sauvegarder et promouvoir les droits des femmes et leur participation à toutes les sphères de la vie publique, à aider les minorités et les communautés musulmanes en dehors des États membres à préserver leur dignité et leur identité culturelle et religieuse. Les États membres se sont en outre engagés, dans le contexte des objectifs primordiaux de l’OCI, à concrétiser leur soutien aux droits des peuples tels que stipulés dans la Charte de l’Organisation des Nations Unies et dans les autres instruments du Droit International; à déployer des efforts conséquents pour promouvoir le développement humain durable et global; à préserver les enseignements de l’Islam et ses valeurs fondées sur la modération et la tolérance ; à promouvoir et à défendre les droits de l’homme et les libertés fondamentales. La Charte de l’OCI a prévu expressément la formation d’une Commission Permanente Indépendante des Droits de l’Homme, la CPIDH, pour être l’un de ses organes chargé de promouvoir les droits civils, politiques, sociaux et économiques énoncés dans les covenants et déclarations de l’Organisation et dans les instruments des droits de l’homme universellement reconnus et ce en conformité avec les valeurs consubstantielles à l’Islam. Dans son Plan d’action stratégique décennal, approuvé par la troisième session extraordinaire de la Conférence Islamique au Sommet, tenue à Makkah, en Décembre 2005, l’OCI a admis d’emblée qu’il était devenu impératif pour les États membres de prendre des mesures conjointes pour relancer le rôle pionnier de la Oummah islamique, en tant que modèle de tolérance et de modération éclairée, tout en condamnant l’extrémisme sous toutes ses formes et manifestations, parce qu’il est contraire et incompatible avec les valeurs islamiques et humaines, et en œuvrant résolument à élargir le champ de la participation politique, à garantir l’égalité, les libertés civiles et sociales, et la justice pour tous, à promouvoir la transparence et la reddition de comptes, et à éliminer la corruption dans les Etats membres de l’OCI. La Déclaration du Caire sur les droits de l’homme en Islam représente de fait la déclaration la plus complète de l’OCI sur les droits de l’homme en Islam au regard des États membres. D’autres documents ont suivi dont notamment le Covenant sur les droits de l’enfant en Islam, le Plan d’Action pour la promotion de la femme et pour finir le Statut de la Commission Permanente Indépendante des Droits de l’Homme, qui stipule que la Commission doit soutenir les efforts des États membres pour consolider l’édifice des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels. La Commission a fait un travail plus que louable dans le domaine de la situation des droits humains en Palestine et dans les autres territoires arabes occupés, tout comme d’ailleurs son travail sur ​​la question de la discrimination et de l’intolérance envers les musulmans et sur ​​la question des Rohingyas musulmans au Myanmar. Aussi, la Commission a-t-elle établi quatre groupe de travail pour traiter de ces questions prioritaires d’une manière efficace et durable : un sur la Palestine ; un deuxième sur les droits de la femme et de l’enfant ; un troisième sur l’islamophobie et les communautés et minorités musulmanes, et un autre sur ​​le droit au développement. Elle a également mis sur pied un groupe de travail ad hoc pour élaborer un cadre approprié d’interaction entre la CPIDH, les institutions nationales des droits de l’homme dûment accréditées dans les États membres (INDH) et les organisations de la société civile. Sur la question fondamentale des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels dans les Etats membres de l’OCI, la Commission a pris note des informations fournies par les États membres sur leurs propres cadres réglementaires, institutionnels et politiques régissant l’exercice de ces droits en vue de dresser un inventaire complet des meilleures pratiques et de faciliter leur échange entre les États membres et de mettre à profit les déclarations solennelles faites à l’occasion des journées internationales sur les questions relatives aux droits de l’homme pour présenter progressivement la perspective islamique éclairée et constructive, contribuant ainsi régulièrement à enrichir le discours international des droits de l’homme. Il a été également souligné que la pauvreté était l’une des causes profondes de la plupart des violations des droits de l’homme, que le droit au développement est fondamental pour la réalisation de tous les autres droits, avec pour ambition de renforcer l’indivisibilité et l’universalité des droits de l’homme et de garantir la durabilité de la croissance économique équitable. Devant une plateforme aussi solide de résolutions et de déclarations de principes de l’OCI et devant cette masse de travail bien réel accompli par la Commission, quels peuvent être donc les défis auxquels nous sommes confrontés dans le contexte de nos délibérations sur les droits de l’homme vus sous l’angle de l’OCI ? Un des principaux défis est celui qui consiste à concevoir un discours islamique qui enrichisse le débat sur les droits humains dans le monde entier. Le 10 Décembre 1948, l’Organisation des Nations unies a adopté la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Les principaux instruments onusiens des droits de l’homme comprennent le Covenant International relatif aux droits civils et politiques, le Covenant International relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, la Convention contre la torture, la Convention relative aux droits de l’enfant, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, la Convention sur les droits des personnes handicapées, les conventions sur les droits des travailleurs migrants et autres covenants. Dans l’ère de l’après-guerre froide, les droits ont acquis une importance accrue et depuis l’adoption de la Déclaration et du Programme d’Action de Vienne en 1993, les droits de l’homme sont considérés comme étant l’un des trois piliers du système des Nations unies. L’OCI est fière du fait que l’islam soit la première religion à avoir énoncé des droits fondamentaux universels pour toute l’humanité, qui doivent être observés et respectés en toutes circonstances. La plupart des pays de l’OCI ont donc volontiers adopté et mis en œuvre les normes internationales des droits de l’homme. De plus, la majorité des Etats membres de l’OCI font parties de ces instruments internationaux et veillent à en appliquer les dispositions. Cependant, il y’a un certain nombre de questions qui vont au-delà de la portée normale de droits de l’homme et qui s’opposent clairement aux enseignements de la Charia islamique. En outre, certains Etats membres ont jugé que le droit international des droits de l’Homme se fondait sur des principes occidentaux qui placent l’individu au cœur du débat instauré sur les droits humains et conforte les libertés individuelles dans les divers domaines, et qu’il existe des questions qui dépassent le cadre normal des droits de l’homme. La liberté d’expression est ainsi considérée comme l’une des libertés fondamentales et comme une condition sine qua non pour la promotion et la protection des droits de l’homme. Malgré les incidents récurrents de haine et de violence dénotant de la discrimination fondée sur les stéréotypes et la stigmatisation des individus, des communautés et des religions, certains pays continuent à refuser mordicus toutes restrictions ou toute utilisation responsable de ce droit. Cette différence d’interprétation de la liberté d’expression a provoqué une critique acerbe à l’encontre des Etats membres à l’OCI en raison des restrictions imposées à cette liberté, à travers l’adoption de loi assurant le respect du caractère sacré et de la réputation des valeurs, écritures et personnalités religieuses dans le seul but de promouvoir la paix sociale. Pour ce qui est de l’égalité des sexes, l’une des principales questions qui émerge du débat sur cette notion d’égalité est la définition même du terme de genre. Alors que les pays de l’OCI préfèrent utiliser la notion d’égalité entre les hommes et les femmes, les pays occidentaux font pression pour l’adoption du terme « genre », qui va au-delà de la définition normale des hommes et des femmes pour en arriver à la façon dont l’on perçoit l’individu en tant que « lui » ou « elle » plutôt que son apparence physique réelle à lui ou à elle. Tout en évoquant les Etats membres de l’OCI, d’autres défis se posent à la Commission. L’un de ces défis est que toutes les références aux droits de l’homme dans les documents de l’OCI stipulent que ces principes doivent être appliqués conformément aux systèmes constitutionnels et juridiques des États membres. Comment définir cette stipulation et comment créer une sorte de baromètre commun que chaque État membre peut utiliser pour mesurer l’écart entre le modèle universel des droits de l’homme et le modèle islamique à l’aune de ses propres lois et pratiques ? Un autre défi important est peut-être celui de savoir comment empêcher les voix extrêmes dans les États membres qui ont la prétention de brandir la bannière de l’islam pour propager leurs points de vue radicaux ; comment les disqualifier et les déposséder de leurs revendications soi-disant islamiques. Cet extrémisme est assurément une violation de tous les droits des musulmans à vivre leur islam en tant que Deen Al- Fitra, c’est-à-dire en tant que religion compatible à la nature humaine, une religion qui proscrit toute forme de coercition, une religion faite pour une Oummah modérée et médiane. Le chemin à parcourir est jalonné de défis et semé d’embuches, mais l’OCI dispose désormais d’un cadre et d’un mécanisme qui lui permettent à aller de l’avant ; et votre commission en est le fer de lance.

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