Date: 23/05/2009
DAMAS - REPUBLIQUE ARABE SYRIENNE
29 JOUMADA AL OULA / 1er JOUMADA AL THANI 1430H
(23-25 MAI 2009)
DISCOURS
DU PROFESSEUR EKMELEDDIN IHSANOGLU
SECRETAIRE GENERAL DE L’ORGANISATION
DE LA CONFERENCE ISLAMIQUE
A LA 36EME SESSION DU CONSEIL DES MINISTRES
DES AFFAIRES ETRANGERES
Votre Excellence Monsieur le Président Bachar Al-Assad,
Président de la République arabe syrienne,
Altesses et Excellences,
Messieurs les Chefs de délégation,
Mesdames, Messieurs,
Je suis heureux de vous accueillir et de vous souhaiter à tous la bienvenue au moment où nous entamons, avec la grâce de Dieu, les travaux de la 36ème session du Conseil des Ministres des Affaires étrangères qui tient ses assises dans cette brillante métropole arabo-islamique qui connut jadis les premières heures de gloire de l'Islam, une métropole qui témoigne siècles de grandeur de notre religion et qui est depuis toujours la gardienne de son legs éternel.
Il me plaît, également, au début de cette allocution, de rendre un vibrant hommage au vaillant peuple syrien et à son illustre leader, S.E. le Président Bachar Al-Assad, à qui nous adressons l’expression de nos remerciements et de notre très haute considération pour la sollicitude dont il a entouré cette importante réunion et pour le discours exhaustif qu’il a prononcé à la cérémonie d’ouverture. Par ce discours magistral, le Président Assad a voulu nous éclairer la voie à suivre en matière d’action islamique commune et baliser le terrain à la reconnaissance de la Oummah islamique, dans le contexte de la conjoncture particulièrement délicate que nous traversons aujourd’hui. C’est pourquoi je tiens à exprimer, due haut de cette tribune, toute notre reconnaissance et notre considération à Son Excellence et à son gouvernement pour les efforts déployés et les préparatifs entrepris afin que les travaux de cette session se déroulent dans des conditions optimales. Je tiens également à les remercier de l’accueil cordial et de la généreuse hospitalité dont tous les participants à cette conférence ont été l’objet.
Je ne saurais omettre, par la même occasion, d’exprimer nos remerciements et notre gratitude à la République d’Ouganda, qui a présidé la dernière session du CIMAE, pour les efforts inlassables qu’elle a consentis dans l’accomplissement de son mandat pendant l’année écoulée et pour les judicieuses initiatives qu’elle a prises en vue de renforcer et de promouvoir l’action islamique commune.
Monsieur le Président,
Altesses et Excellences,
Mesdames, Messieurs,
C’est la première fois que nous nous retrouvons officiellement depuis le début de mon second mandat, en tant que Secrétaire général de l’Organisation, et ma réélection à l’unanimité à ce poste, lors du Sommet de Dakar, en mars 2008. Je voudrais saisir cette occasion pour vous dire l’insigne privilège que je ressens de pouvoir continuer d’œuvrer à ce poste important, n'épargnant aucun effort au service des Etats et de la Oummah islamique, de manière à en rehausser le prestige et à en promouvoir le progrès et l’essor, tout en étant conscient du lourd fardeau qui repose aujourd'hui sur nos épaules.
Ce qui renforce notre confiance et notre sérénité, c'est que les quatre années écoulées ont servi en quelque sorte de test qui nous a permis de mesurer notre aptitude à accomplir des réalisations concrètes, à avancer et à faire entendre notre voix dans le monde.
Au cours de cette période, nous avons réussi, avec l'aide de Dieu, et grâce à votre sincère appui et à votre coopération, et en faisant preuve de ténacité et de persévérance, à faire évoluer cette Organisation de manière rationnelle et efficace. Nos actes parlent pour nous. Nos efforts sont désormais reconnus à l’intérieur du monde musulman et notre voix est écoutée et respectée à l’étranger. Ce bond qualitatif a permis à notre Organisation de se transformer d'une institution cantonnée dans l'organisation de réunions et la rédaction des recommandations, en une Organisation véritablement interactive qui a su nouer des relations étroites avec les organisations internationales et régionales influentes et avec les gouvernements et les Organisations de la société civile.
Mais, lorsque je tourne mon regard vers l’avenir, je constate cependant qu’il nous reste encore un long chemin à parcourir qui, je l’espère, sera jalonné de réalisations constructives et d’avancées réelles. Telle est ma ferme détermination.
Excellence Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Lorsque nous nous penchons sur la situation actuelle du monde musulman dans le contexte de l’enchaînement des évènements et des développements politiques sur la scène internationale, lorsque nous revenons sur les bouleversements au niveau de l’équilibre des forces entre les grandes puissances de la dernière décennie et que nous examinons de plus près les orientations politiques d’un ordre international devenu désormais unipolaire, surtout avec l’arrivée d’une nouvelle administration américaine, manifestement plus ouverte que la précédente, nous constatons que le rôle du monde musulman, reste encore marginal et sans commune mesure avec son poids démographique, son étendue géographique, sa position géostratégique, ses immenses richesses naturelles et ses formidables potentialités.
L’époque, comme nous le voyons, est une époque de changements d’une ampleur sans précédent, une époque qui a été marquée par l’irruption sur l’avant-scène de forces qui, hier encore, ne comptaient pas ; alors que d’autres puissances sont en train de vaciller sur leur piédestal et se débattent dans des crises et des problèmes sans fin. Ce qui laisse augurer que la carte de l’équilibre des forces va connaître dans les années à venir des mutations radicales qui auront de grandes répercussions sur le monde musulman, sur sa destinée et place sur l’échiquier mondial.
Des nations pauvres avaient su, au cours de ces deux dernières décennies comment tirer parti de leur pauvreté et de leur manque de ressources pour faire de cette faiblesse une force d’impulsion sur la voie du redressement économique, du progrès et de l’essor. Elles ont su adopter les meilleures pratiques économiques et miser sur les technologies avancées pour se donner des perspectives économiques prometteuses, à l’instar de l’Inde, aujourd’hui, et de la Chine, hier.
L’émergence de ces deux grands Etats a perturbé le rythme de croissance de l’économie mondiale et affaibli l’hégémonie économique de l’Occident, tout en faisant de la Chine et de l’Inde deux pays pouvant légitimement prétendre faire partie dans un proche avenir des plus grandes économies mondiales en expansion continue.
Ces grandes évolutions nous amènent à nous interroger sur la place du monde musulman et ces prises de positions dans le contexte des développements à venir. Elles nous poussent également à réfléchir sur les politiques les plus judicieuses à adopter pour sauvegarder nos intérêts. Il convient de noter à cet égard que le G20 compte trois Etats membres de l’OCI, à savoir l’Indonésie, la Turquie et l’Arabie Saoudite, et que nous espérons voir ce nombre augmenter et les économies de ces pays membres progresser et prospérer pour qu’ils fassent désormais partie des dix premières économies mondiales.
Au milieu de ces développements, on peut dire que le Programme d'Action décennal de l’OCI a permis d’ébaucher une vision originale, celle d’un monde musulman unifié, solidaire, cohérent, qui parle d’une seule voix et qui soit apte à relever tous les défis que j’ai évoqués plus haut et de nous aider à sortir de l’ornière du découragement et de l’abattement où nous nous sommes enlisés. Nous avons d'ores et déjà entrepris de mettre en œuvre les dispositions de ce programme. Le Secrétariat général a ainsi exécuté la quasi-totalité des missions institutionnelles qui lui étaient confiées, comme l’amendement de la Charte, la restructuration et la réforme radicale de plusieurs organes subsidiaires dont l’Académie islamique internationale du Fiqh et l’Agence islamique internationale de Presse, et la création d’un Organe indépendant des droits de l’homme, à l’échelle du monde musulman, afin de renforcer la bonne gouvernance. Nous avons également renforcé et revigoré les institutions économiques œuvrant dans le cadre de l’action islamique commune. Ceci sans oublier la qualité de l’enseignement, ni les initiatives communes en matière de sciences et de technologie. J'ai présenté, à ce sujet, des rapports annuels sur les progrès réalisés.
Il est toutefois regrettable de voir que la cadence de la mise en œuvre du Programme d'Action décennal au niveau des Etats membres reste assez lent, bien que celui-ci représente le meilleur outil qui soit pour changer radicalement le vécu de la Oummah. Nous sommes néanmoins confortés dans notre optimisme en voyant que certains pays engagés appuient avec enthousiasme les projets du PAD en accordant les financements requis, en nommant des commissions nationales, en établissant des stratégies et en organisant des réunions.
J’aimerais à cet égard renouveler mon appel aux Etats membres pour les inviter à faire preuve d’un intérêt plus grand et d’une volonté plus forte pour appliquer les décisions prises par nos Chefs d’Etat lors du Sommet de La Mecque, sachant que ce Programme d'Action est la voie qui mène à l’unité, au progrès et à l’invulnérabilité.
Je propose, à ce sujet, d'organiser au cours des réunions ordinaires des Comités permanents – COMIAC, COMCEC et COMSTECH – une réunion de mi-parcours pour passer en revue les progrès enregistrés en 2010 dans la mise en œuvre de ce programme, aux quels nous exprimons notre gratitude pour les louables efforts qu’ils dans leur domaines de compétence respectif. Chaque Comité sera, en effet, appelé à évaluer ce qui a été réalisé dans le cadre de ses attributions, en liaison avec le PAD, de sorte de tirer profit des directives été orientations des Chefs d'Etat, pour mieux impulser l'action sur ce plan.
Excellences,
Messieurs les chefs de délégation,
Les grandes causes qui préoccupent le monde musulman n'ont guère évolué. La question palestinienne a connu des développements extrêmement importants avec la multiplication des agressions visant les citoyens palestiniens et l’intensification des agissements israéliens, consistant en des massacres d’innocents, les arrestations, la construction d’implantations dans les territoires occupés, la démolition des habitations palestiniennes et l’isolement des villes et agglomérations. La ville d’Al-Qods et la Mosquée d’Al-Aqsa font également l’objet d’une offensive féroce sans précédent visant à les judaïser et à en occulter totalement l’identité arabo-islamique. Il incombe aujourd’hui et plus que jamais aux Etats membres d’apporter leur soutien politique et financier à la résistance stoïque de la ville d’Al Qods, de ses habitants et de ses institutions.
De même, la crise humanitaire dans la bande de Gaza exigerait un effort islamique conséquent pour y remédier. Il m’a été donné de visiter récemment la bande de Gaza où j’ai pu constater de visu l’état de la situation humanitaire et mesurer l’ampleur des dégâts. J’ai pu rencontrer les nouveaux réfugiés et observer de mes propres yeux les conséquences de l'agression israélienne qui a dépassé en atrocité et en cruauté toutes les limites du tolérable. De véritables crimes de guerre et crimes contre l’humanité y ont été perpétrés et des armes internationalement prohibées ont été utilisées.
Nous avons dépêchée plusieurs convois d'assistance humanitaire chargés de produits alimentaires et de matériel médical pour la population de Gaza. Il est maintenant de notre devoir de conjuguer nos efforts pour faire comparaître les auteurs de ces crimes devant les juridictions internationales compétentes, tout comme il est de notre devoir d'accélérer la reconstruction de la bande de Gaza et de mettre un terme aux épreuves et aux souffrances endurées par nos frères dans ce territoire.
De même, nous insistons sur la nécessité pour la communauté internationale d'inciter le gouvernement israélien à mettre fin à l'occupation de la totalité des territoires arabes occupés en 1967, à Al Qods, en Cisjordanie, au Golan et au Sud-Liban. J’apprécie également les efforts méritoires déployés par la République arabe d'Egypte pour réconcilier les frères palestiniens et unifier les factions et les parties en Palestine.
D’un autre côté, nous avons suivi avec une réelle satisfaction l’évolution de la situation en Irak et les nouvelles faisant état d’un retrait prochain des forces étrangères de ce pays. Nous nous sommes également réjouis de l’amélioration continue de la situation sécuritaire, de la consolidation de l’expérience démocratique et des progrès réalisés au niveau du raffermissement de l’unité nationale irakienne, de la préservation de l’intégrité territoriale de l’Irak, et du recouvrement par ce pays de sa pleine souveraineté et de son indépendance.
L’OCI a été au premier rang des organisations internationales qui ont cherché à établir un contact permanent avec les autorités irakiennes à Bagdad, en multipliant les visites, en nommant un Ambassadeur en Irak et en contribuant à mettre un terme aux affrontement interethniques et interconfessionnels. Nous avons dépêché des missions en Irak pour explorer les possibilités de coopération avec ce pays, dans divers domaines à la suite desquelles je me suis rendu personnellement à Bagdad pour y rencontrer les responsables irakiens, à la tête d’une forte délégation groupant les représentants des différentes instances économiques et culturelles de l’OCI, dont la Banque islamique de Développement, en vue d’examiner la possibilité de contribuer aux projets de reconstruction et de développement de l’Irak.
En Somalie, il a été constaté un léger mieux au niveau politique, avec le lancement du processus de négociation dans le cadre des Nations Unies pour rétablir la paix en Somalie, sous les auspices de la République de Djibouti. Ces efforts de pacification ont abouti à l’élection du Président Cheikh Chérif et à la formation d’un gouvernement de coalition nationale. L’OCI a contribué de manière agissante à tous ces efforts en sa qualité de membre observateur de l’accord de paix de Djibouti. Nous regrettons la reprise des combats entre les parties somaliennes et nous formons l'espoir que les efforts internes et internationaux aboutiront à l'arrêt des affrontements et au retour du dialogue en vue de mettre un terme aux douloureuses épreuves que traverse la Somalie.
La situation au Soudan focalise également l’attention de l’OCI. Les efforts internationaux déployés en vue de faire avancer le processus de paix au Darfour n’ont hélas pas abouti. J’ai effectué une visite au Soudan et j’ai rencontré plusieurs responsables, et à leur tête S.E. le Président Oumar Hassan Al Basheer. J’ai informé S.E. que l’Organisation de la Conférence islamique rejette la décision de la Cour et sa politique des deux poids deux mesures. J’ai demandé en même temps à ce que la justice soudanaise juge les auteurs des crimes commis au Darfour en appliquant pleinement les règles du droit.
Je suis rentré le 18 de ce mois d'une autre visite importante au Soudan que j'ai effectuée à l'invitation du Président Oumar Hassan Al Basheer pour prendre connaissance de l'ensemble de la situation humanitaire et des efforts du gouvernement soudanais pour améliorer la situation au Darfour.
J'ai affirmé, au cours de cette visite, que l'Organisation poursuit ses efforts d'assistance humanitaire et de soutien au développement au Darfour et compte présenter un projet ambitieux d'édification de 120 villages pilotes capables d'accueillir plus de 400.000 personnes déplacées dans les trois provinces du Darfour, pour le coût d'environ 485 millions de dollars. Nous saluons hautement, à cet égard, l'initiative afro-arabe initiée sous l'égide de l'Etat de Qatar et pour les efforts louables qui sont déployés par l'Etat de Qatar dans ce cadre pour circonscrire les affrontements entre les parties en conflit au Darfour, de manière à ouvrir la voie à l'instauration de la paix et de la sécurité dans cette région.
Concernant la situation en Afghanistan, l’OCI pense que ce pays frère se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Il fait face à des défis qui ont pour nom la paix, la sécurité et la stabilité. L’Organisation de la Conférence islamique n’a cessé d’être active et d’appuyer les efforts de beaucoup de pays membres de la communauté internationale visant à l’établissement d’une paix globale en Afghanistan. J’ai pris part à cet égard, à une conférence sur l’Afghanistan tenue à Moscou où j’ai prononcé une allocution. L’OCI a participé également à une conférence internationale sur l’Afghanistan qui s’est déroulée à La Haye. L’Organisation de la Conférence islamique n’a pas oublié non plus les questions de développement et de reconstruction en Afghanistan auxquelles elle accorde, au contraire, un intérêt constant.
S’agissant de la question du Jammu-et-Cachemire, la situation reste tendue dans cette région, en raison de la non-application des résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Mon envoyé spécial pour le Jammu-et-Cachemire a effectué une visite à Islamabad et à Muzafarabad pour discuter de l’évolution de la situation.
Le nouveau climat qui prévaut depuis quelque temps à Chypre entre les deux communautés turque et grecque, a suscité en nous un réel optimisme. Notre souhait est que cette nouvelle ouverture conduira à la facilitation du processus visant à aboutir à une solution juste de cette crise, sur la base de l’égalité.
Nous continuons de soutenir le gouvernement de l’Azerbaïdjan contre l’occupation illégale par l’Arménie de la région du Nagorny Karabakh. Nous demandons l’application des résolutions du Conseil de Sécurité à cet égard.
Je voudrais insister plus particulièrement sur la situation dans les îles Comores où la situation socioéconomique est source d’inquiétude et de préoccupation. Il est de mon devoir d'appeler les Etats membres à apporter une aide urgente à ce pays.
Excellences, Messieurs les chefs de délégation
La campagne contre l’Islam se poursuit avec la même virulence, les menées hostiles aux musulmans et à leur religion se poursuivent à un rythme accru. Ce fléau commence à contaminer progressivement certaines institutions publiques après avoir gangréné certaines organisations de la société civile et certains partis politiques.
Nous avons fourni beaucoup d’efforts et nous continuons de le faire à plusieurs niveaux en vue de sensibiliser l’opinion à notre lutte contre le phénomène de « l’islamophobie » dans les différentes régions du monde et dans le monde occidental en particulier.
Nous avons également tenu plusieurs réunions et conférences, discuté avec plusieurs responsables d’organisations internationales et régionales et signé à cet effet plusieurs conventions bilatérales dont la plus importante est peut être le mémorandum d’entente avec l'initiative de l’Alliance des civilisations, soutenue par les Nations Unies, pour renforcer les opportunités de coopération. Nous avons organisé une séance spéciale au sein des Nations unies à Genève pour célébrer le 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme et participé à Genève à une autre réunion avec le « forum sur les valeurs universelles communes ».
Nous sommes parvenus à faire adopter une recommandation aux termes de laquelle l'Assemblée générale de l'ONU et le Conseil des Nations Unies pour les Droits de l'homme condamnent les campagnes hostiles aux religions et appellent à s'abstenir de lier le terrorisme à l'islam.
De même avons-nous joué un rôle actif dans la conférence de Durban II sur la lutte contre le racisme qui s’est déroulée récemment à Genève et où notre action et nos positions ont été accueillies avec satisfaction et considération par les délégations, eu égard à la pertinence des idées développées à ce sujet par l'OCI.
L'action entreprise par l'observatoire de l'Organisation contre l'islamophobie a été d'une grande efficacité. L'observatoire a en effet détecté et documenté le jeu électronique appelé Faithfighter (le guerrier de la foi) sur un site électronique, jeu qui met en scène un soi-disant affrontement entre le Prophète Mohamed et Jésus-Christ. Nous sommes immédiatement intervenus pour dénoncer ce jeu, ce qui a abouti à son retrait de la toile. L'observatoire est devenu une référence internationale pour tout ce qui concerne les développements de ce type de manifestations.
On peut dire que ces efforts intenses ont commencé à donner leurs fruits : aujourd’hui, plusieurs membres de la communauté internationale se rendent compte de la gravité des conséquences de ce phénomène sur la sécurité et la stabilité dans le monde. Le 2è rapport annuel de l'Observatoire de l'OCI sera soumis à Vos Excellences au cours de la présente session.
Je suis heureux de saluer ici, les efforts colossaux déployés dans ce domaines par l’ISESCO et l’IRCICA.
Pour parachever la mise en œuvre des dispositions du Programme d'Action décennal et de la nouvelle Charte, l’Organisation de la Conférence islamique a préparé, en collaboration avec un Groupe d’experts des Etats membres, une étude sur la création d’un "Organe indépendant et permanent" des droits de l’homme, qui fera partie des organes de l’OCI. Cette première version de l’étude a été soumise à une réunion officielle du Groupe intergouvernemental d’experts des Etats membres en vue de l’examiner. Le Groupe d’experts s’est réuni dans la ville de Djeddah les 12 et 13 avril 2009 pour étudier le document et le projet de statuts de l’Organe. Il a été décidé, au cours de la dernière réunion des hauts fonctionnaires, de poursuivre l'étude et d'approfondir la discussion à ce sujet.
Ainsi l’OCI fait-elle un pas nouveau positif en avant dans un domaine vital, objet de l’attention de la communauté internationale et qui marque un tournant crucial dans la promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance parmi les Etats membres.
Excellences,
Messieurs les chefs de délégation,
Les communautés et minorités musulmanes vivant en dehors des Etats membres de l’OCI comptent 500 millions de personnes, soit le tiers de la totalité des musulmans et leur nombre augmente annuellement. Beaucoup d’entre elles souffrent de violations de leurs droits. J’ai pris plusieurs initiatives en vue de trouver une solution à leurs problèmes, aux Philippines, au Myanmar, en Thaïlande, en Thrace occidentale, au Caucase et dans d’autres régions du monde. J’ai dépêché au cours des années précédentes des envoyés auprès de certains pays accueillant des communautés musulmanes pour s’enquérir de près de leur situation, entrer en contact avec elles et s’informer de leurs besoins.
Nous pouvons dire que nos efforts aux Philippines ont été couronnés d’un certain succès. Il nous incombe cependant de poursuivre les efforts pour convaincre aussi bien le Gouvernement philippin que le Front national de Libération Moro d’appliquer entièrement l’Accord de Paix de 1996.
D’un autre côté, nous sommes parfaitement conscients de l’importance stratégique du contact avec les mass-médias. Cette conviction s’est du reste concrétisée lors de la 8ème session du Conseil des Ministres de l’Information.
Je réitère du haut de cette tribune mon appel aux hommes d’affaires du monde musulman pour accorder davantage d’attention à la communication et à y investir .
Nous avons réussi, à cet égard, à restructurer l’Agence islamique internationale de Presse.
De même, les Ministres de l’Information ont adopté lors de leur 8ème session le nouveau plan stratégique et l’organigramme de l’Organisation des Radiodiffusions des Etats islamiques.
Messieurs les chefs de délégation,
Le monde musulman regorge de richesses naturelles et possède de fabuleux atouts économiques dans des domaines aussi divers que l’énergie, l’agriculture, la minéralogie et les ressources humaines. Toutes ces données habilitent le monde musulman à devenir une entité stratégique capable de peser de tout son poids sur les destinées de la planète. Nous espérons à cet égard que la conférence ministérielle sur l’agriculture et la sécurité alimentaire, qui se tiendra prochainement à Khartoum, pourra arrêter des stratégies de lutte contre la faim et la pauvreté et réduire le nombre d’Etats membres qui se débattent encore dans les problèmes de sécurité alimentaire.
Le département des affaires humanitaires au sein de l’OCI, déploie de grands efforts pour acheminer des secours à certains pays membres dont la Sierra Léone, l'Afghanistan, l'Indonésie, Gaza, le Soudan, la Somalie et les Comores.
La crise financière actuelle constitue une source de vive préoccupation pour tous les Etats membres et pour l’ensemble des organes et institutions de l’OCI. Notre Organisation envisage d’organiser un forum international sur la crise financière mondiale, en collaboration avec le COMCEC. Il est impératif pour les Etats membres de revoir leurs politiques interne et externe pour se concentrer davantage sur leur coopération économique et sociale afin de permettre à leurs entreprises économiques de s’adapter aux nouvelles conditions imposées par la crise financière et économique mondiale. Je rappellerais à ce propos que l’objectif d’accroissement du volume des échanges commerciaux intra-islamiques est en passe de se concrétiser. En effet, il est déjà passé de 14,5% en 2005 à environ 17% en 2008. D’un autre côté, le nombre des Etats ayant signé l’accord-cadre du système de préférence commerciale est passé à 31 et celui des Etats l’ayant ratifié à 22. Il me plait à cet égard de saluer les grands efforts que le COMSEC ne cesse de déployer à cet effet, à l’instar de la BID, du CIDC, de la CICI, en vue d’accélérer le processus de développement des Etats Membres.
Sur un autre plan, le programme de développement de l’industrie du coton relevant de l’OCI se trouve actuellement au stade de la mise en œuvre par les soins de la République de Turquie. Le Secrétariat général a déjà organisé, avec le concours de la BID, une première réunion du comité de projet pour la liaison ferroviaire reliant Port-Soudan à Dakar.
Par ailleurs, la 2ème Conférence des ministres en charge des Affaires des femmes a marqué un jalon lumineux dans le processus de promotion du rôle de la femme au sein de la société musulmane, avec l’adoption du Plan d’action de l’OCI pour la promotion de la femme, baptisé « Plan d’action du Caire », et qui consacre le rôle des femmes en tant que partenaires incontournables du développement de la Oummah.
L’Académie internationale islamique du Fiqha, elle aussi, accompli de grandes avancées à l’intérieur de son domaine de compétence, notamment dans le rapprochement entre les différentes madhahib et écoles jurisprudentielles.
L’OCI a réussi à réformer et à faire évoluer bon nombre de ses organes et rouages. Mais elle a échoué dans la réforme de l’un de ses mécanismes les plus importants et les plus anciens, à savoir le Fonds de solidarité islamique et ce pour des raisons non objectives. Pour autant, il reste indispensable et impératif de revoir le mode opératoire du Fonds pour le mettre au diapason des réformes que nous avons pu introduire dans les autres organes.
Dans le domaine des sciences et technologies, je rappellerais que le plan d’action relatif au projet de construction d’automobiles et d’aéronefs, avec le soutien financier de la BID, a été d’ores et déjà parachevé au même titre que le plan d’appui au transfert pacifique de la technologie. De son côté, la CICI a affecté un capital commun aux sciences et technologies qui vient s’ajouter à la dotation allouée par la BID aux projets scientifiques et technologiques.
Dans le domaine de l’enseignement, on ne peut que regretter le fait que le rapport de l’OCI sur le classement des universités n’ait pas encore été publié en raison de l'insuffisance des données et des informations qui nous sont parvenues des Etats membres, en dépit de toute notre insistance sur ce point. J’aimerais à cet égard renouveler mon appel aux Etats membres pour leur demander de nous fournir les informations réclamées.
Mesdames et Messieurs,
Le mandat des Secrétaires généraux adjoints actuellement au poste viendra à expiration le 30 juin 2009. Le Secrétariat général a déjà adressé aux Etats membres une circulaire dans ce sens pour les inviter à bien vouloir lui notifier leurs candidatures éventuelles aux postes à pouvoir.
Nous avons reçu effectivement les noms d'un certain nombre de candidats qui nous ont été communiqués par les Etats membres. Conformément aux dispositions de la nouvelle charte, j'ai pris contact avec les 3 groupes géographiques et je pourrais les démarches engagées. Par la suite, je soumettrai un compte rendu sur les résultats de ces démarches à l'appréciation des ministres pour prendre une décision finales à ce sujet.
Pour terminer, je voudrais vous informer que le nombre d’Etats ayant signé la nouvelle charte est passé à 30 et ceux l’ayant ratifié à 8 Etats. J’aimerais profiter de cette occasion pour exhorter les Etats n’ayant pas encore signé ou ratifié la charte à y procéder dans les meilleurs délais. Il me plaît, du haut de cette tribune, de saluer les Etats qui procéderont à la signature de la Charte au cours de cette session, à savoir la République arabe syrienne, le Royaume hachemite de Jordanie, la République islamique de Mauritanie, la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire socialiste et la République du Tadjikistan.
Enfin, il n’est agréable de rappeler que l’année 2009 coïncide avec la célébration du 40ème anniversaire de notre Organisation et que le Secrétariat général à l'intention de fêter dignement cet anniversaire. Les Ministres de l’Information ont apporté leur soutien à la célébration de cet événement et nous œuvrons dans ce cadre à la production d’un documentaire relatant les principaux événements historiques et les réalisations les plus importantes à l’actif de l’OCI et de l’action islamique commune. A travers vous, je m’adresse aux Etats membres pour leur demander de nous fournir les documents audiovisuels et écrits dont ils disposent concernant l’Organisation et ses activités et ce, dans le but de s’en servir pour la production du film documentaire en question.
Alors que l’OCI entre dans la 5ème décennie de son existence, ayant tracé sa voie vers la mondialisation et étant devenue un interlocuteur incontournable dans les principales instances internationales, nous sommes confiants de pouvoir, grâce à vos directives et à votre appui, conduire l’Organisation sur une voie prometteuse nous permettant d’ancrer l’action islamique commune destinée à vérifier nos rangs, nos propos et nos positions.
Il s’agit là de notre arme efficace pour assurer au monde musulman, au milieu des mutations qui affectent actuellement la scène internationale, une position honorable parmi les nations, et lui garantir les conditions de promotion, de progrès et d’invulnérabilité en tant qu’ensemble agissant et influent.
Je souhaite que votre présente session nous permette de franchir un grand pas vers la réalisation de ce noble objectif.
Wa Assalamou alaykoum wa rahmatoullahi wa barakatouh